17/01/11

Trish Keenan was a dear friend and I can honestly say that I don't think Montag would have existed without her. Here is a text I wrote in French that explains why. I can't describe how I feel right now. I thought I needed to put this page up for a few days. The regular site will be back soon. Thanks for your patience and sorry for not having the energy to translate the text below.

Merci de ne pas trop porter attention aux fautes... Ça été écrit d'un trait, en pleine nuit.

Distant Call

1999
Quand j'ai su en 1999 que Broadcast allait donner son premier concert à New York dans le cadre du 10ème anniversaire de Warp Records, je savais qu'il fallait à tout prix que j'y sois, et j'ai peine à croire encore aujourd'hui que j'y étais. Comme j'avais à ce moment-là une émission de radio spécialisée en musique britannique, il m'arrivait à l'occasion d'interviewer des groupes lorsqu'ils passaient par Montréal. Ça été le cas avec un de mes groupes préférés, Stereolab. Pour Broadcast, j'avais réussi à obtenir une entrevue à New York, me présentant comme "journaliste" canadien. J'ai su plus tard que le groupe était assez nerveux de leur premier passage en Amérique du Nord et qu'on avait été surpris par le fait qu'un canadien se déplaçait expressément pour le concert. Ma première rencontre avec Broadcast a donc eu lieu quelques heures avant leur spectacle, dans le hall d'entrée d'un hôtel dont je ne me souviens pas très bien. Ce qui m'a tout de suite le plus étonné en y mettant le pied, c'était de reconnaître Martin Pike, leur gérant, que j'avais vu à quelques occasions auparavant puisqu'il travaillait aussi pour Stereolab. J'étais en compagnie de mon très bon ami Olivier, mon coloc à l'époque, qui comme moi, était un très grand fan de Broadcast. C'était même par cet amour commun pour le groupe que nous nous étions rencontrés. C'est donc dans ce hall d'hôtel que j'ai fait mon entrevue avec Broadcast dont, à vrai dire, je ne me souviens pas très bien, à part du fait qu'ils semblaient nerveux (et j'ai compris pour quoi plus tard) et peut-être surpris de me voir arriver. l'air si frêle. J'ai enregistré l'entrevue sur cassette, c'est un autre détail. L'entrevue s'était vite transformée en conversation: nous avons simplement parlé de musique, de ce qui les intéressait le plus musicalement à ce moment-là. James était celui qui, le plus souvent, prenait la parole. Heureusement parce que même avec mes 4 mois passés à Londres trois ans plus tôt, j'avais beaucoup de mal à comprendre Trish (qui avait tout sauf un accent londonien - donc rien d'étonnant). Plus tard dans la soirée, j'allais vivre un moment très fort, un premier concert de Broadcast - qui n'aura été ni le dernier, ni le meilleur d'ailleurs. Mais quel émerveillement de voir Trish sur scène, reconnaître les chansons qui nous habitait déjà depuis des années. The Book Lovers, sublime. Suite au concert, j'ai eu le courage d'aller les rejoindre en arrière-scène. Comme ils m'avaient invité à le faire, je me suis dit que ça aurait été bête de ne pas au moins aller les féliciter pour le concert. Olivier est toujours à mes côtés. Nous voilà en train de boire une bière avec James, Trish, Tim, etc. Une expérience vraiment marquante puisque c'était pour moi comme se retrouver dans les loges des Rolling Stones. On vouait une admiration sans borne pour le groupe OIlivier et moi, rien de moins. Chaque nouveau disque était pour nous un événement. (Nous faisions d'ailleurs pas mal de musique à la maison en s'influençant des samples qu'on retrouve dans "Work and Non Work".) J'ai donc félicité James pour le concert et lui ai dit que la voix de Trish superbe était magnifique en spectacle. "Go tell her" m'a-til dit "She really feels insecure about her voice". Je me suis donc dirigé vers Trish et l'ai complimentée à son tour. Énorme sourire, le regard vers le sol. Je suis sorti du Bowey Ballroom avec ce qu'on pourrait appeler l'email de Mick Jagger: c'était bien celui de Broadcast, écrit sur une copie promo de leur nouvel album qui n'était pas encore sorti. "Let's keep in touch" me dit Trish avec un sourire, d'une douceur toute naturelle. Un miracle.

2000
Pendant près d'un an, nous avons donc correspondu. Peut-être quatre messages en tout au maximum. Rien de très significatif. J'ai sûrement été très maladroit dans mes emails... le ton était tout de même amical. C'est en novembre 2000 qu'est survenu ce que je considère comme notre véritable première rencontre. Un concert absolument renversant, inoubliable - en première partie de The Sea and Cake. Le concert qui vraiment m'a ébloui à tous les niveaux, le son, la voix, la chimie entre les musiciens. Rien ne sert de décrire ce que c'était, je ne ferais que me ridiculiser. C'est après le concert que j'ai eu un longue discussion avec Trish, qui se souvenait très bien de moi et qui semblait plus ouverte et plus à l'aise qu'à New York. Du coup c'était la même chose pour moi: moins de gêne mais pas moins admiratif. Le concert au Cabaret a été d'autant plus bouleversant que ma mère était décédée depuis septembre et Broadcast avait été vraiment la musique qui m'avait le plus aidé à vivre ma peine, et la soigner. Je ne trouve pas d'autre mot et je n'en ai pas trouvé d'autres non plus pour expliquer à Trish ce que Broadcast représentait pour moi. Nous étions contents de nous voir, même si nous nous connaissions que très peu. Je me souviens bien de ce sentiment. Une sorte de réconfort inexplicable. Trish me dit plus tard que si un jour me vient l'envie d'aller les voir en Angleterre, que je serais le bienvenu. J'ai du mal à croire ce que j'entends. Je lui annonce aussi que je songe me mettre plus sérieusement à la musique mais que je ne crois pas avoir le talent qu'il faut, que ce que je fais n'est vraiment pas grand chose. "If you keep making music every day, eventually something good will come out of it, you'll see".

2001
Je dois aller en France pour disperser une partie des cendres de ma mère. Je décide donc d'en profiter pour me rendre en Angleterre avec l'invitation de Trish qui m'était resté dans la tête pendant plusieurs mois. Je me retrouvais donc plus tard à la gare de Birmingham accueilli par James et Trish, souriants mais aussi quelques peu nerveux de mon arrivée peut-être, ou était-ce simplement une "manière anglaise" d'être. Tout simplement. Trois jours de pur bonheur. Du thé, de la bière, des cigarettes roulées fumées dans leur petite cour-arrière très anglaise (murets de briques), une bouffe resto indien (je découvre le balti), une rencontre improbable avec les gars du groupe Plone et Rosie du groupe Pram, etc. Le clou: une visite du studio où Duran Duran ont enregistré leur premier album et où Broadcast s'était installé pendant quelques temps. Trish apprend que j'ai déjà joué du violon et me supplie d'en jouer un peu, d'improviser un truc, de faire des sons étranges. James enregistre. Je suis paralysé et arrive à peine à sortir une note sur ce vieux violon qui n'a pas servi depuis longtemps et qui traîne sûrement dans le studio depuis toujours. Je me souviens aussi de m'être promené dans le quartier où ils vivaient en faisant remarquer à Trish à quel point l'église du coin de la rue était magnifique. (J'ai su plus tard que Trish avait visité l'église et y avait découvert une acoustique incroyable. Je sais maintenant que le son magnifique de la batterie sur Ha Ha Sound y a été enregistré.)

Chez Trish et James, je suis dans un rêve. Vraiment. Même quand je repense à ces trois jours passés avec eux, tout semble surréaliste. Je me souviens d'avoir pris ma douche un matin et d'avoir admiré des rayons de lumière qui passaient à travers la fenêtre en me disant, nu et vulnérable comme tout sous un filet d'eau à peine chaude: "je suis chez James et Trish de Broadcast". Je reviens chez moi avec une tonnes de nouvelle musique (nouvelle musique qui datait entièrement des années 60-70, on s'entend) - pour moi, c'était comme devenir soudainement multi-millionnaire - que Trish avait enregistré pour moi sur des mini-discs. Une générosité que je n'oublierai jamais. J'ai découvert chez elle une simplicité qu'on ne pourrait pas deviner par ses chansons. Une fille anglaise, un peu à part, réservée, pas très coquette lorsqu'elle se trouvait chez elle, resplendissante quand elle en sortait, fan des Smiths à l'adolescence, etc. Elle me montre des photos d'elle quand elle avait 16 ans. "I had such a boyish look". Elle l'avait gardé ce petit côté tomboy. Mais il se dégageait d'elle un magnétisme, une sorte d'onde mystique qui la plaçait pour moi dans une catégorie indéfinissable de gens. Je n'avais jamais rencontré de personne comme elle. Ce n'était pas juste la "manière anglaise" d'être qui pouvait expliquer ce qu'elle était. Parfois, il me semblait qu'elle n'était pas tout à fait humaine. Puis il suffisait d'entendre une seul fois son rire si franc et elle redevenait humaine. Elle n'était plus une chanteuse que j'admirais plus que n'importe quelle autre: elle était une amie. Je le sentais. C'était réciproque. Je leur avait offert un vase pour les remercier de me laisser dormir chez eux. James me répondit: "This vase is too nice for our home, really". J'aimais leur maison plus que tout au monde quand j'y étais. Leur nid. Je me suis rendu compte que j'y étais vraiment le bienvenu.

2003
Moins de deux ans plus tard, j'avais un premier album ou ce que je considérais comme une compilation de démos. Le label Gooom allait le faire paraître et je me retrouve en France pour en faire la promotion. Quelques années plus tôt, je n'aurais jamais pu concevoir qu'une chose pareil puisse m'arriver. Je suis à Paris en cette fin d'année 2003. J'y passe même le nouvel an. Une autre visite chez Broadcast s'organise. Je me souviens de les avoir appelé très saoûl vers minuit le 1er janvier. Ils m'ont dit qu'il m'attendaient impatiemment. J'avais moi aussi très hâte de les revoir mais comme un peu de temps avait passé, je me demandais si ma visite était pour eux un fardeau. Il me semblait encore inconcevable que nous puissions être aussi proche, malgré tous les signes. J'achète une bouteille de champagne pas trop chère (merci la France) pour ne pas arriver les mains vides. Je n'aurais pas pu en acheter une qui valait plus, même si j'avais voulu. Quelques jours plus tard, je prenais le train vers Birmingham à nouveau. Cette fois, c'était la neige qui m'attendait de l'autre côté de la Manche. Un des plus beaux paysages que j'ai vu parce que c'était la première fois que je voyais une vraie couche de neige sur un autre continent. C'est fou comme les paysages enneigés d'Europe ne ressemblent en rien à ceux du Québec. Je me souviens bien de cette deuxième visite. Ils habitaient la même maison. Dans un beau fouilli de vinyles. Parce qu'il y en avait plus que la dernière fois, c'était évident. Quelque chose avait changé pourtant: c'était les murs, tapissés de croquis. Il s'agissait en fait d'épreuves de la pochette de leur prochain disque qui, m'avaient-ils dit au téléphone, était enfin terminé. Je me souviens d'avoir été très impressionné parce qu'ils avaient fait le mastering de Ha Ha Sound dans les studios d'Abbey Road. Trish m'avait demandé de lui dire ce que je pensais des croquis, elle voulait savoir lequel me plaisait le plus. Je me souviens juste d'avoir déjà vu la pochette du EP "Pendulum" sur leur mur, en version noir et blanc. Il devait avoir au moins une quinzaine de dessins en tout. J'en garde des souvenirs morcelés. Ce qui était vraiment agréable pendant cette visite, c'était l'aisance avec laquelle on pouvait discuter de musique mais aussi de la vie en général. Pour la deuxième fois, Trish me gavait de musique et je vivais à nouveau l'extase d'être plongé dans une dimension musicale qui m'était inconnue. Je ne connaissais pas les noms des musiciens ou des compositeurs, rien, aucun repère. James les annonçait parfois avant de déposer l'aiguille sur le disque. Mais je n'entendait rien, j'étais ivre de musique. C'est comme si Trish m'avait lancé dans le vide et que je tombais sur un grand coussin fait des plus belles chansons, des plus beaux arrangements qui soient, des productions musicales les plus envoûtantes. J'étais étourdi par tant de nouvelle musique. J'ai dormi là deux nuits, mais cette fois, étrangement, ils avaient insister pour que je dorme dans leur lit. J'avais si mal dormi, dans cette chambre que j'avais l'impression de violer. J'étais vraiment gêné d'y être. J'aurais voulu regarder les livres qui s'y trouvaient - parce que Trish, je l'avais vite compris, était une grande lectrice. Beaucoup de poésie. Je n'osais bouger dans leur lit. Je me disais encore: "je suis chez Broadcast". J'ai compris plus tard que je n'avais pas rêvé pas, que notre amitié était bien réelle, quand mon nom s'est retrouvé dans les remerciements dans la pochette de Ha Ha Sound. Un geste dont je me souviendrai toute ma vie.

Le EP Pendulum sort en Amérique du Nord en mai de la même année. S'en suit une tournée nord-américaine. J'avais alors sorti un deuxième album et fait quelques concerts mais je ne pouvais me comparer d'aucune façon à une bête de scène, je me disais même pas musicien mais je ne pouvais pas refuser l'offre que Broadcast m'avait faite de faire leur première partie à Montréal et à Toronto. Je me souviens d'avoir bu une demi bouteille de Peptobismol dans les loges de la sala rossa avant d'entrer sur scène. Trish et James étaient dans la salle. Ils m'avaient même saluer de la main juste avant d'aller me préparer. Je ne me souviens pas du tout de mon concert. Noir total. Pas de catastrophe. C'est mon seul souvenir du concert de Montréal. À Toronto, un peu plus de confiance mais sans plus. J'ai l'impression de faire honte à Trish. Mais à la fin de la soirée, alors qu'on ramassait encore notre équipement au Lee's Palace, elle m'a dit: "We did it! We both played good shows tonight". J'ai envie de m'effondrer en pleurs dans ses bras. Elle se montrait soulagée d'avoir terminé les concerts, parce que je sais maintenant que ça l'angoissait aussi. Elle n'arrivait pas à comprendre la présence qu'elle pouvait avoir sur scène. Peut-être que l'amitié que j'avais pour elle changeait ma façon d'apprécier les concerts de Broadcast. Je ne sais pas. Une chose est certaine: elle avait une voix si belle que personne n'y était indifférent lors des concerts. Nous nous sommes laissés dans le hall d'entrée d'un hôtel à Toronto, le lendemain du concert. J'avais pas mal bu pour me calmer les nerfs. Et Trish, avec son humour bien anglais, me dit: "Hope you left a mess, that's what hotels are for".

J'ai revu ensuite Broadcast rapidement au Lion d'Or à Montréal, en novembre. Leur deuxième concert à Montréal dans la même année. Nous ne nous sommes vus que rapidement. C'est l'ennui des tournées. Je garde peu de souvenirs de ce passage. Le concert, lui était excellent.

2005
J'ai correspondu avec Trish et James pendant presque 3 ans sans les revoir en personne. Je leur ai même envoyer quelques disques dont l'album Jaune de Jean-Pierre Ferland. "What a find!" avait réagi Trish dans un email. Nous étions encore relié par cette passion commune pour la musique. Leur musique était encore très présente dans mon ordi, mon ipod que je venais de m'acheter... Je me souviens que James m'avait envoyé Tender Buttons sur CD-R après que je l'ai appelé pour prendre des nouvelles. Je me souviens encore d'avoir fait les cent pas dans la cours de la maison où j'habitais, en lui parlant au téléphone, très nerveux que ça soit une conversation étrange mais il n'en fut rien. On se suivait de loin. Le moment où je les ai revus en personne c'était le jour de l'Halloween en 2005, à Vancouver où j'avais déménagé l'année précédente, avant et après leur concert de leur tournée pour l'album Tender Buttons. C'était au Red Room de Vancouver. Un trou. Rien de moins. Ça ne leur allait pas du tout. J'aurais voulu leur donner le plus beau théâtre et j'étais un peu mal pour eux. La vie en tournée n'est jamais facile et il est souvent difficile de retrouver des gens qu'on connaît pour quelques heures à peine. Nous n'étions donc pas tout à fait à l'aise cette fois. La tournée les avait beaucoup fatigué et j'aurais tout simplement voulu qu'on se voit dans un autre contexte. Une mauvaise bouffe dans un resto thaïlandais, une bière de trop dans leur bus de tournée après le concert... notre soirée s'était résumée à ça. Mais je me réjouissais en me disant que j'avais au moins pu présenter Kris (de qui j'étais et je suis toujours follement amoureux) à Trish et James. Un moment qui comptait pour moi. Trish n'a pas manqué de le mentionner dans chacun de ses emails par après.

2009
Nous ne nous sommes pas vus depuis des années mais je les attends avec impatience: Broadcast annonce un concert à Montréal, au National. C'était sûr que j'y serai et tous mes amis s'y attendaient aussi. Je n'ai jamais caché mon amour pour Broadcast et même des années après les avoir entendus pour la première fois, un concert de Broadcast était un moment incontournable. Je me rends donc au National pour le concert - un empêchement m'oblige à me pointer bien après le soundcheck. Je n'ai pas peur: je sais que nous serons contents de nous revoir même si nos emails ont été plus rares au courant des derniers mois. J'avais appris au printemps, dans un message de Trish, qu'ils avaient déménagé et qu'ils avaient quitté leur maison de Birmingham, faute de moyens. Ils vivaient maintenant à Hungerford, une petite ville près de Avebury (que je ne connaissais pas avait de voir sur Googlemap que Hungerford ressemblait à un champ avec deux rues qui se croisent et peut-être quelques maisons. Ça semblait si vide, si isolé vu du ciel. Trish m'invite à aller les visiter à nouveau: "come to England soon for improvisations! love forever. Trish...and James". Je me promets de le faire un jour.

On se voit donc après le concert à Montréal. C'est la dernière fois que je verrai Trish. Qui m'exprime encore son amitié en me disant: "anytime you need us, you know we are there". Je suis presque sous le choc quand je l'entends dire cette phrase. Je n'avais jamais rêvé qu'ils puissent être mes amis à ce point. Je ne comprenais pas comment il se faisait qu'elle soit si attachée à moi. Je me souviens de m'être demandé s'ils avaient des amis à Hungerford. Je me suis dit que forcément, ils ne devaient pas être seuls. Mais je pense aujourd'hui qu'ils vivaient dans l'isolement. Et surtout sans argent. Je me souviens d'avoir parlé à James qui me disait qu'ils étaient vraiment découragés de voir leur revenus diminuer avec les années et que le coût de la vie en Angleterre devenait tout simplement effarant. Je me suis indigné, en silence, en me demandant intérieurement comment il se pouvait que des artistes aussi importants, travaillants, et talentueux puissent à ce point manquer de moyens. J'avais envie qu'ils déménagent à Montréal. J'en glisse un mot à James. "Have you ever thought of living somewhere else?" Il me répond d'un air triste et résolu "But where to go? There's just nowhere for us to go".

Je les aide à transporter l'équipement, les boîtes et les guitares, etc. J'entends Trish rire une dernière fois avant qu'elle referme la porte de la vagonette qui n'a rien à voir avec le bus qu'ils avaient eu les années précédentes. Une tournée avec moins de sous. Ça me désole. Plusieurs vagues d'émotions contradictoires. Je suis si heureux de les avoir vu que ma gorge se noue quand je les salue de la main à leur départ sous la pluie. La pluie a toujours été le meilleur moment écouter la musique de Broadcast.

2010
Je corresponds encore un peu avec Trish depuis leur passage à Montréal. Elle me raconte un dîner de Noël raté qu'elle a eu avec sa mère: "the meal was awful..a rip off. it was really a three course meal disguised as a five course...i mean really, a gin and tonic sorbet between starter and main, and mince pies after the dessert??? I don't think so. the british haven't got a clue when it comes to food." Je me souviens d'avoir ri un moment en lisant le message. Je l'adore. Pour son humour aussi. Nous ne nous sommes pas beaucoup écrit en 2010 et je le regrette bien sûr aujourd'hui. Un autre moment qui m'a fait pensé à Trish et James: lorsque je me suis mis à m'intéresser à mon travail sur Montréal Moderne, un audioguide sur l'histoire de l'architecture... Il était question de faire un audioguide sur Expo67 avec l'architecte qui m'avait engagé à le faire et j'ai tout de suite pensé que Broadcast seraient probablement les mieux placés pour m'orienter dans la composition de la trame sonore. Je leur parle donc du projet et Trish me répond qu'il est impossible pour eux de s'engager à quoi que ce soit puisque l'année 2010 est déjà bien remplie avec des séances d'enregistrement en vue d'un nouvel album, un concert à Singapour et une tournée en Australie en décembre."good luck with it sir! xtrish". Plus de nouvelles après. Juste des écoutes à répétition de l'album enregistré avec The Focus Group. La trame sonore de 3 semaines passées à Vancouver. J'ai été hanté par la voix de Trish, une fois de plus. Elle était déjà devenue fantomatique. Quel ange.

Je ne comprendrai jamais comment elle a pu partir si vite. Le vide est indescriptible. C'est elle qui m'a poussé à faire ce que j'aimais, à me plonger dans la musique, dans le son. Je suis encore sous le choc de son départ. Je pense à James qui s'en sortira avec peine seul, je le sais. Je me sens très loin et nous nous sommes effectivement éloignés avec le temps mais je n'oublierai jamais cet artiste extraordinaire qu'était Trish. Je lui dois plus que je peux concevoir, c'est évident.

J'ai enregistré avec beaucoup de tristesse "Distant Call" ce soir même. Une de mes chansons préférées de Broadcast. J'ai pu, en chantant en même temps que Trish, la sentir un peu plus proche de moi et c'est ma façon bien humble de lui dire au revoir. J'espère qu'elle m'appellera souvent du lointain, je n'attends que ça. Ma bonne amie, je peux le dire sans gêne, ma chère ami. Tu me manqueras tant.

Distant Call (Au Revoir Trish)
Broadcast vs. Montag (Birmingham, 2001)